Un bijou rescapé: la Sainte Chapelle (AVEC VIDÉO)

VIGNETTE HISTORIQUE

Un des monuments nationaux de France les plus visités aujourd’hui, la Sainte Chapelle est un joyau architectural médiéval qui n’est pourtant que partiellement visible aux passants au niveau de la rue. Il faut en effet pénétrer dans l’enceinte du Palais de justice de Paris, pour y avoir accès. Ce bijou de verre, de pierre, de bois et de métal était, il fût un temps, à l’intérieur de l’enceinte du Palais de la Cité, demeure de Louis IX, de sa famille et de son entourage. Le lieu a traversé le temps et a bien failli ne pas se rendre jusqu’à notre époque. Il a failli être un potentiel sujet de la «Chronique fantomatique».

Patrick Hacikyan/

Suite au sinistre incendie d’avril 2019, de la cathédrale Notre-Dame de Paris, le visiteur, à la recherche d’un lieu crucial du Paris médiéval, découvre et redécouvre la Sainte Chapelle du Palais. Bien que le Palais de la Cité n’existe plus, ce haut lieu de Paris est néanmoins toujours bien niché dans les bras protecteurs du Palais de justice, ce qui tend à modérer les foules, bien que de longues files d’attente n’épargnent pas cet ancien lieu de culte.

Il s’agit pourtant d’une petite construction, dont on voit les hauteurs dépasser les bâtiments l’entourant. Cependant, une force certaine attire tant de personnes, celle de la couleur, de la lumière et de l’histoire. Louis IX, le seul roi de France canonisé, s’est impliqué dans la conception de la Sainte Chapelle, dont on ne connait aujourd’hui point l’architecte. Il voulut créer un lieu doté d’une certaine intimité, propice à permettre aux invités de se recueillir. C’est pour cela qu’aucune porte ne donne directement sur la chapelle haute. Il faut d’abord entrer dans la chapelle basse. De là, chacun doit emprunter un petit escalier de pierre en tortillon pour monter, et un autre pour descendre. C’est là un effet voulu, empêchant l’effet de mouvement de masse.

La Sainte Chapelle, visible à gauche, à l’intérieur de l’enceinte du Palais de justice de Paris. Photo: © GEC

C’est paradoxalement grâce aux Bulgares de la dynastie des Assénides, ainsi qu’aux Grecs byzantins, que la Sainte Chapelle fût érigée. Dans les années 1230, Ivan Assen II, roi de Bulgarie s’est rapproché des Byzantins de Nicée, s’allie avec Jean III Doukas Vatatzès. Ils assiègent Constantinople en 1235 et 1236. C’est à cette occasion que Baudoin II de Courtenay, dernier empereur latin de Constantinople, se rend en Europe pour demander de l’aide.

En France, Louis IX refuse d’envoyer des troupes. Par contre, il désire amener en France la fameuse Sainte Couronne, en possession de l’Empire Latin depuis le sac de Constantinople, où les Latins ont pillé cette dernière dans le palais de Boucoléon,  là où les Empereurs byzantins l’avaient ramenée de la basilique du Mont Sion à Jérusalem, autour du VIè siècle, lieu où sa présence a été attestée depuis la fin du IVè siècle.

Cette prétendue couronne d’épines de Jésus-Christ a été mise en gage par l’empereur Baudoin de Courtenay contre un prêt monétaire de Nicolo Virino, un marchand de Venise. Le contrat a prévu que ce dernier devient propriétaire de la couronne si le prêt n’est pas remboursé au plus tard en juin 1239.

Saint Louis entame alors des négociations qui dureront deux ans, afin de s’assurer qu’il s’agit bel et bien de la dite couronne, originaire de la basilique du Mont Sion. À l’issue de ces tractations, le roi de France s’est engagé à payer 135 000 livres tournois, une somme qui se situe à environ la moitié du budget du domaine royal de l’époque.

La Sainte Couronne est arrivée en France en aout 1239, en Champagne. Louis IX s’y est rendu, selon le récit populaire, pieds nus, accompagné de sa mère, Blanche de Castille, ainsi que de son frère. Les sceaux ont été vérifiés, et Louis y apposa le sien. La Sainte Couronne a été la plus importante acquisition, celle dont la trace est la plus claire dans l’histoire. D’autres reliques, dites de la Passion, furent également achetées, dans les mois qui suivirent.

Le roi a ensuite eu le projet d’édifier une chapelle pour loger ces objets sacrés. Les plans furent élaborés pour une chapelle palatine, c’est dire située à l’intérieur palais de la Cité, la plus fréquente demeure de Louis IX et de sa famille, sur l’île de la Cité, à Paris, palais aujourd’hui disparu dont le seul pavillon subsistant est la Sainte Chapelle.

Entrée sud de la basse-chapelle. Photo: © GEC

La chapelle sera érigée en moins de sept ans. Cette rapidité témoigne des importants moyens financiers du souverain. Comme le visiteur peut aujourd’hui en témoigner, l’exécution des travaux fera néanmoins tout pour parfaire l’architecture et la beauté du lieu. On a crée un lieu intime, propice à la prière et au recueillement, avant tout pour la famille royale, leurs invités et le personnel du palais en mettant de toute évidence l’emphase sur la lumière à travers d’immenses vitraux.

Cette construction frappe par sa hauteur, étant en fait trois fois plus haute que large. La chapelle basse comporte quelques vitraux, ses plafonds aux arches complexes sont ornés de fleurs de lys. On y trouve quelques jolis vitraux, mais ce n’est qu’une fois que le visiteur a emprunté l’escalier de pierre en colimaçon qu’il est saisi par la magnificence de ces hauteurs vitrées.

Chaque fenêtre de vitrail s’élève à une quinzaine de mètres. Les murs sont presqu’entièrement composés de vitrail, séparés par de fines colonnades. L’effet voulu par les concepteurs était de transporter le public vers des hauteurs polychromes propices à une certaine stimulation intellectuelle. Une atmosphère lumineuse et céleste s’e dégage à tout coup: l’édifice semble être suspendu.

Les magnifiques vitraux composant l’essentiel des murs de la haute chapelle. Photo: GEC

Afin de réaliser ce résultat, un nouvelle technique a été utilisée, pour renforcer la fragile structure reposant sur des colonnes très minces. Aucune colonne intérieure n’existe. Les constructeurs ont plutôt installé un chaînage métallique pour faire tenir l’édifice. Il y a également des étrésillons pour soutenir l’ouverture de ces immenses fenêtres, mais ces dernières sont unies aux barres de fer horizontales qui traversent les vitraux, et sont donc presqu’invisibles. Le chaînage métallique a été une prouesse et une innovation technologique pour cette époque. Il s’agit de la première fois que cette technique est utilisée de la sorte. Il faudra attendre à la fin des années 1800 pour qu’elle soit à nouveau employée.

Les vitraux de la Sainte Chapelle constituent une oeuvre qui se lit tel un livre. Composée de scènes bibliques, elles racontent cette histoire, depuis la genèse jusqu’à l’arrivée des reliques à Paris, par Saint Louis. Une rosace a été élaborée ensuite, au XVè siècle, sur le côté ouest de la chapelle. Cette dernière conclue l’oeuvre et représente l’apocalypse et le jugement dernier, à travers ses scènes en forme de flamme.

Ces vitraux comportent des subtilités à l’intérieur de la vitre même, visibles dans les expressions des visages et des corps représentés. Les visages sont très fins et en émanent des regards très significatifs qui gagnent à être admirés en personne avec une certaine lenteur. Afin de bien les observer, l’invité avisé amènera des jumelles ou des lunettes d’opéra. L’œuvre est une littérature en image. Ces scènes mnémoniques se lisent de bas en haut, et de gauche à droite.

Cette magnifique construction à traversé le temps, mais il s’en est fallu de peu, pour qu’elle périsse par l’eau, par le feu, ou par la bêtise humaine. Un incendie est survenu en 1630, qui a détruit la flèche de la Sainte Chapelle, construite, elle, en 1460. Une inondation est ensuite survenue en 1690. En 1777, elle a une fois de plus été menacée par un incendie. La chapelle a survécu à ces sinistres.

C’est toutefois à la révolution que la Sainte Chapelle souffrira le plus de dommages. La châsse contenant la Sainte Couronne a été fondue pour ses métaux précieux. L’édifice lui-même, a été menacé de démolition et a failli finir comme bon nombre d’autres églises en France, toutes rasées à l’époque. La plupart de ses statues à l’intérieur seront détruites. Le culte y fût interdit et on donna une vocation administrative judiciaire au lieu.

C’est à cette époque que de nombreux vitraux d’époque seront cassés et vandalisés. La chapelle sera dégradée jusqu’à un stade très avancé. Pourtant, la grande majorité des vitraux en place aujourd’hui sont d’origine. Une grande restauration sera effectuée entre 1836 et 1848 par Félix Duban. De 1848 à 1857, ça sera Jean-Baptiste Lassus qui poursuivra. À elle seule, la restauration des vitraux prendra sept ans, soit la même durée que prit la construction initiale de la Sainte Chapelle.

La Sainte Chapelle, à l’occasion de sa restauration.

La flèche, disparue au 14è siècle, au 15è siècle,  en 1630, puis encore une fois, sous la révolution,  sera enfin restituée en 1855. Cette flèche a été montrée à l’occasion de l’exposition universelle, cette année là, causant l’admiration de nombreux illustres visiteurs. Il s’agit d’une prouesse technique, car elle sera élaborée, par Jean-Baptiste Lassus, suivant une reconstitution archéologique basée sur des documents d’époque, puis posée sur une voûte de seulement 15 centimètres d’épaisseur, sans croisée de transept.

Cette réussite technique a été célébrée par plusieurs à l’époque. La flèche de la Sainte Chapelle a été l’inspiration première pour Viollet-le-Duc, lorsqu’il a composé la fameuse flèche de Notre-Dame de Paris, disparue en avril 2019, dans le triste incendie.

Grâce au travail de plusieurs générations, la Splendeur de la Sainte Chapelle à réussit à voguer le temps jusqu’à nos jours. Il s’agit d’un patrimoine mondial que tous peuvent apprécier, de tous horizons. De luminescence changeante selon l’heure du jour, la saison et la météo, les visiteurs peuvent y retourner plusieurs fois pour toujours y retrouver du nouveau. Puisse-t-elle enchanter plusieurs futures générations, de ses multiples facettes.

L’intérieur de la Sainte Chapelle a été restauré avec minutie archéologique, de la manière la plus fidèle possible. Photo: © GEC

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