L’or caché des anciennes semences

Les semences les plus précieuses, donnez leur un coup de pouce vert!

Fin mars, déjà un peu plus de lumière, ce n’est pas qu’on n’aime pas l’hiver, mais juste un petit rêve de verdure qui se réveille. Alors aussi bien continuer de profiter de la neige et laisser passer les dernières tempêtes tout en préparant déjà le printemps. Se laisser aller à l’envie de voir quelque chose pousser, de brasser un peu de terre. Bref c’est le moment de l’année où je commence à planifier mon jardin et à partir quelque semis.

Mathieu Allaire/

Mais justement pour y arriver il faut bien se procurer quelques sachets de graines. Alors 2 choix s’offrent à moi. Je peux me rendre dans mon magasin à grande surface préféré pour acheter quelques sachets de semences. Les mêmes qui sont vendues dans tous les magasins à grande surface à travers le Canada et produites par une ou deux grosse compagnies dans un effort de standardisation des variétés.

Ou bien je peux aller regarder du côté des artisans semenciers du Québec qui eux cherchent plutôt à préserver la diversité des légumes et à assurer la survie et la distribution de variété ancestrales.

Je me suis donc rendu chez Walmart pour acheter mes semences; « ça n’a full pas couté cher pis en plus j’ai pu manger du macdo et acheter un paquet de bobettes en spécial… » Blague à part, le tout n’est pas d’acheter une variété au hasard sur un site de semences bio.  En effet, la plupart des variétés vendues sur ces sites sont bios mais non issues d’une variété ancestrale locale.  Bon nombre proviennent en fait de souches américaines, mexicaines ou sud-américaines, par exemple.

La coeur de boeuf est un exemple saillant de semence authentique, plutôt rare et recherchée.  Il est très fréquent de trouver des sites internet prétendant vendre cette fameuse solanacée; alors qu’en fait elles sont presque toutes des variétés « Beefsteak »: de pâles copies à haut rendement présentant de gros renflements, souvent vendues sous l’appellation « coeur de boeuf ».  En réalité, la coeur de boeuf française véritable n’est cultivée qu’en très petits lots, et réussir à en trouver d’authentiques graines relève souvent de l’exploit.  Ici, au Québec, elle n’est présente que dans les jardins potagers de quelques rares particuliers initiés.

La quête de la tomate parfaite 

Selon une chercheuse de l’IURA, Mathilde Cousse, la tendance qui vise à donner à la tomate une plus grande durée de conservation et une meilleure résistance aux pathogènes et au transport, tire dans la direction opposée de celle des conditions nécessaires au développement de sa texture, son goût et ses arômes.

On vise souvent à produire des tomates qui murissent de manière plus hâtive et poussent avec moins de lumière. Certaines instances voudraient modifier le code génétique  de la tomate pour la rendre plus sucrée, cependant il y a plus de 400 différents composés volatiles dans la tomate qui constituent son expression aromatique.  Une tomate plus sucrée n’équivaut pas à la symphonie gustative estivale cueillie au pied de la vigne.  En fait, une bonne tomate pourra le devenir, pourvu que son temps de croissance soit plus long, puisque la complexité    aromatique se développe à la toute fin du murissement sur le plant.  La qualité finale organoleptique de la tomate dépendra également du soleil, donc diminuer son exposition au soleil augmente la rentabilité, mais diminue l’excellence gustative de ce fruit originaire des Andes.

Il n’y a pas d’omelette sans casser d’oeufs, il faut juste choisir la bonne tomate pour la bonne occasion.  En Europe comme en Amérique du Nord est née une pratique qui prend de l’ampleur, celle du phénomène des rencontres d’amateurs de jardins potagers ancestraux.  Lors de ces événements, la dégustation des meilleures productions de chacun est de mise et donc on en profite pour y récupérer les semences pour répandre toutes les souches les plus significatives ou appréciables.

Devant les non-disponibilités commerciales de certaines souches patrimoniales, des réseaux d’échange de semences se sont développés. Au Québec, existe le Réseau d’Agriculture urbaine de Québec, qui organise chaque année des événements de dégustation de productions potagères et d’échange de semences dans la Capitale.

De manière plus générale, l’organisme Graines de troc – FR, ainsi que Kokopelli, offrent la possibilité de contribuer à un vaste catalogue de semences et, par le fait même, d’y puiser des échantillons en conséquence.

Une fois la quête de la semence parfaite terminée, la mission n’est pas pour autant accomplie.  En effet, l’effet le plus crucial pour le développement des cultivars du terroir est sans aucun doute leur culture en tant que telle.  Si les précieuses graines, acquises au terme de longues recherches, ne sont pas plantées, elles perdent un certain pourcentage de fertilité chaque année.

Voilà pourquoi chaque organisme s’occupant de rendre disponibles des variétés de fruits et de légumes ancestraux et/ou du terroir, comptent sur des gardiens jardiniers.  Ces  individus se chargent de planter année après année une ou plusieurs variétés très recherchées de plantes jusqu’à maturité, pour en conserver une production constante de semences

Ensuite, vient le travail de conservation de la semence.  Certaines supportent la déshydration, d’autres, non.  Il faut donc employer les méthodes appropriées pour chaque variété, lutter contre la moisissure et les parasites et procéder à un travail de sélection.  Ces gardiens jardiniers ensemble forment un réseau dont le particulier (donc vous) est une composante cruciale.  Plus une coeur de boeuf est cultivée, plus un jardinier sait en tirer le meilleur du plant, et plus ses semences sont en circulation; ce qui a pour heureux résultat de faire en sorte que plus de coeur de boeuf peuvent être dégustées par d’heureux palais.

Tomate Savignac

Photo: La fameuse tomate Savignac. Crédit: Les Semences du Portage

Une tomate québécoise authentique 

Au Québec, deux pionniers en la matière sont sans conteste Diane Mackay et Yves Gagnon. Ils ont fondé les Semences du Portage en 1980, à Saint Didace, dans la région de Lanaudière. Il s’agit d’une entreprise qui est dévouée depuis à la culture, la mise en valeur et la commercialisation de variétés d’herbes, fruits et légumes soit ancestraux ou adaptés aux divers terroirs du sud du Québec. Dans sa recherche d’une tomate adaptée aux conditions climatiques locales et environnantes, Yves Gagnon a fait la rencontre du frère Armand Savignac, de Saint Viateur.

Frere Savignac

Photo: Frère Savignac, créateur de la tomate du même nom. Crédit: Les Semences du Portage

 Ce dernier a travaillé à développer pendant une bonne partie de sa vie, une variété de tomate qui présente des qualités exceptionelles pour sa culture au Québec. Il s’agit d’une tomate rose qu’il s’est faite remettre par un tiers. Frère Savignac l’a améliorée en exerçant une patiente sélection. À son tour, Yves Gagnon l’a améliorée pour la rendre cultivable dans des régions encore plus nordiques que celle de Lanaudière. Ce dernier, pendant plus d’une quinzaine d’années a pratiqué la sélection pour la rendre résistante aux maladies courantes des tomates comme l’altérniariose. Aujourd’hui cette tomate est reconnue par l’organisme international L’Arche du Goût, dont la mission est de préserver les aliments les plus significatifs du patrimoine alimentaire de la planète. Cette tomate, dénomée Savignac, effectue une percée dans les potagers du Québec et d’au delà et aujourd’hui, nombreux sont ceux qui ont la chance de se délecter de sa chair tendre et compacte, dotée d’un parfum des plus agréables et d’une acidité équilibrée.

Voilà pourquoi, chaque fois qu’une personne dotée d’un pouce ne serait-ce qu’un tout petit peu vert prend le temps de semer une graine de ces précieuses variétés, elle participe à un effort capital pour encourager cette souche à être transmise aux générations futures. Le fruit mûri offrira à son tour sa semence fertile lui permettant de s’exprimer à nouveau dans le temps. Un exercice des  plus fertiles et importants, lorsqu’on sait que plus d’un quart des fruits et légumes ont disparu au courant des cent dernières années.

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