LE MÉTIER DE LA SAISON: La véritable souche de lavande québécoise: Producteur et distillateur de lavandula québecensis (AVEC VIDÉO)

André Librex est tout un personnage. En dessous de sa bonhomie et son attitude humble se cache quelqu’un qui a toujours oeuvré hors des sentiers battus. Il existe aujourd’hui plusieurs champs de lavande qui sont cultivés. La lavanderaie Le Lavandou, par contre, n’est pas un champ parmi tant d’autres. C’est en fait ici même qu’André Librex a développé depuis plus de trente ans, une souche de lavande naturalisée, désormais adaptée à son terroir. Nous sommes ici dans le premier champ de lavande du Québec.

Patrick Hacikyan/

L’aventure commença il y a plus de trente ans, à Chateauguay, toujours en Montérégie, la région la plus au sud du Québec. Là, dans un quartier résidentiel de banlieue, André Librex, Provençal originaire de Carcassonne, y ramena quelques différentes souches de lavande pour y aménager son coin de paradis. Après quelques temps, la lavande devint si productive qu’il ne restait guère de pelouse sur son terrain. Ses voisins lui disaient, regardant sa maison complètement entourée de lavande: « C’est bon, on sait que vous aimez la lavande maintenant! ».

Après quelques premiers essais, M.Librex et son épouse ont arpenté la région pour trouver un terrain propice à une véritable culture de lavande. Leur choix s’est arrêté sur Franklin, village où il y a très peu de couvert de neige, ce qui donne en fait des conditions très difficiles pour cultiver la lavande, mais André Librex avait une idée derrière la tête en choisissant cette terre précise.

La polyvalence: qualité décisive pour la création

André Librex n’est pas pour autant botaniste, ou horticulteur de formation. Il a en fait été formé à l’école des Beaux-Arts, en Bretagne. C’est en fait un artiste peintre en premier lieu. S’établir à Franklin, en Montérégie, c’était pour la Lavande et autres projets de culture, mais tout autant pour la haute culture. En effet ce dernier a réaménagé une ancienne étable sur sa ferme pour la transformer en galerie d’art. On peut donc y apprécier ses oeuvres dans ce contexte. Vous avez peut-être entendu parler de l’artiste dans notre précédent reportage sur lui. La lavande a été développée de manière simultanée avec son art, l’une servant de muse à l’autre.

Travaillant à la manière de moines qui effectuaient parmi les premières recherches documentées sur la sélection génétique, M. Librex a travaillé et étudié de manière autodidacte. Il a préféré utiliser la méthode ne donnant pas des résultats immédiats, mais permettant de s’harmoniser au terroir. La raison pour laquelle il a choisi un terrain avec très peu de couvert de neige est qu’il voulait éprouver ses plants, les exposant aux grandes bourrasques hivernales en ne sélectionnant que ceux qui apprenaient à l’adapter à cet environnement hostile.

La première année il a donc eu plus de 90% de perte. Neuf plants sur dix ont péri, dans ces glaciales conditions. À chaque génération, la lavanderaie affichait des pertes de moins en moins grandes. Seules les graines provenant de spécimens ayant vaillamment survécu à l’hiver ont été utilisées pour semer la culture suivante. Des progrès se faisaient, mais de manière très minime, année après année.

Les plantes communiquent des messages

Avec les années, la génétique de la lavande de la lavanderaie que M. Librex a baptisé le Lavandou  s’est renforcée. Ce phénomène, M. Librex l’explique grâce non pas seulement à la sélection génétique mais aussi grâce au fait que les plantes peuvent aussi développer leurs propres adaptations génétiques ou épigénétiques à l’intérieur de leur vie et les transmettre à leur descendance. Ainsi si la plante a eu besoin de développer telle ou telle caractéristique pour résister à un stress, elle aurait, selon cette théorie, la capacité de communiquer cette nécessité et cette capacité, si elle l’a bien développée à l’intérieur de sa vie, à sa descendance.

photo provenant de www.lelavandou.ca

Voilà, selon M. Librex, un facteur décisif qui a aidé à développer une lavande qui est aujourd’hui entièrement acclimatée au Québec. M. Librex a choisi un terroir aux hivers rigoureux car il voulait une lavande québécoise, c’est à. dire compatible non pas seulement avec Franklin ou la Montérégie, mais dans une zone beaucoup plus large. Avec le travail des années et la progression constante de la force de la lavande, il a aujourd’hui réussi son pari, et il continue toujours. À force de constamment dire à ses petits qu’ils doivent bien développer leurs résistances aux conditions d’un terroir très bien exposé aux rigueurs de l’hiver, la lavande du Lavandoou est aujourd’hui devenue Lavandula Quebecensis. Elle se plaît à croître aussi à l’est que le Bas-Saint-Laurent, et aussi au nord que l’Abitibi Témiscamingue! De plus, on l’appelle affectueusement lavandula quebecensis car elle n’a absolument aucun besoin d’être protégée l’hiver, et elle s’est naturalisée, poussant ci et là dans les bosquets du coin. Cette reproduction naturalisée serait impensable pour d’autres variétés de lavande qui sont cultivées au Canada.

Gentleman farmer

André Librex n’est pas Jean de Florette. Il est un méridional ayant réussi son pari dans le septentrion. Il y a tant de clichés sur les citadins quittant tout pour la vie à la campagne, pour ne revenir qu’après quelques années après avoir goûté à la très différente réalité rurale. M. Librex, en établissant le Lavandou avec l’aide de son épouse, à oeuvré à créer quelque chose de durable. Cette lavande est un legs au Québec et il est à espérer qu’elle perdure dans le temps. Notre cultivateur de lavande n’arrête pas ici son travail: il continue de développer et de renforcer la génétique de sa lavande année après année, perfectionnant son oeuvre telle une toile peinte tout au long d’une vie entière.

Le lavandou, c’est une lavanderaie, mais c’est aussi une distillerie d’huile essentielle de lavande de la plus haute qualité. Quand d’autres vendent de l’huile qu’ils achètent importée à des tièrces parties, d’autres encore diluent leur huile avec d’autres produits, l’huile essentielle de cette maison est entièrement et exclusivement produite avec la lavande produite sur place au lavandou. Pour ce faire, M. Librex a dû développer son propre alambic, usant du système D. Il l’a conçu avec un ancien réservoir de lait industriel des années 50, ainsi qu’un engin récupéré à l’Aéroport International de Mirabel, utilisé à l’origine pour déglacer les ailes des avions avant le décollage. Son voisin a soudé le tout pour lui. Son séparateur d’huile a également été conçu par lui même et soudé par un voisin. À la campagne, il faut savoir s’entraider et développer de l’ingéniosité.

Le résultat est une huile essentielle ayant des propriétés, selon un nez professionnel l’ayant analysée en France, uniques. Semblerait il que l’huile extraite des plants du Lavandou a des caractéristiques organoleptiques assez différentes de la plupart des autres circulant sur le marché. Ainsi, M. Librex et Diane Garand, son épouse, ont développé moult produits, tous des déclinaisons faites à partir de la lavande de Franklin exclusivement. On y retrouve des produits esthétiques et pour le bain, des produits contre l’arthrite et les rhumatismes, des produits pour renforcer le système immunitaire, pour la peau, pour les articulations, pour favoriser le sommeil, des produits culinaires, pour n’en nommer que quelques uns. L’hydrolat de lavande, un sous produit de la distillation y est aussi mis en valeur. Il s’agit d’une eau contenant certaines particules de lavande, faisant des miracles pour les problèmes de peau et qui apporte un certain confort à l’application.

La poursuite du travail de moine

Vous auriez pu penser qu’André Librex s’arrêterait là, mais c’est loin d’être le cas. M. Librex a travailler à implanter d’autres souches assez uniques de vigne et de fruits tels que la fraise des bois. À force d’essais et d’erreurs, notre gentelman farmer à frappé une nouvelle nappe d’or fruitier. Un fruit que l’on essaye depuis des génération d’implanter au Québec, presque sans succès. Un fruit qui chaque année est produit à la tonne en Ontario, et qu’on importe pour la joie de tous car il y est produit avec perfection: la pêche!

Plutôt que de copier la délicieuse production de pêches jaunes que réussissent très bien les cultivateurs du sud de l’Ontario, M. Librex a décidé d’opter pour une autre variété plus ancienne: la pêche blanche de vigne. Il s’agit d’une pêche produisant des fruits à chair blanche, beaucoup plus petits que ceux trouvés sur le marché actuel, mais ô combien plus savoureuses. Une symphonie gustative qui rivalise toute compétition. Le pêcher de vigne n’est presque jamais irrigué, il doit déployer toutes ses forces pour produire, donnant un résultat des plus délectables. M. Librex travaille donc depuis une douzaine d’années sur la pêche blanche de Franklin. Année après année il sélectionne des pêchers et les amène dans des endroits de plus en plus exposés à des conditions rigoureuses.

La pêche blanche du Lavandou

Après avoir connu des récoltes de pêche plus qu’abondantes, les pêchers on subitement cessé de produire. M. Librex a failli abandonner quand pour la deuxième fois, la récolte s’est avérée désastreuse. Néanmoins, persistant dans sa méthode, il a continué à bichonner ses pêchers et ils ont fini par produire une fois de plus et de manière encore plus abondante. Voilà où se situe aujourd’hui la pêche du Québec: sur la bonne voie, en cours de perfection, mais déjà dotée d’une saveur hors pair. On n’en fait d’ailleurs déjà un vin, mais celui là, vous ne le retrouverez pas au supermarché de sitôt.

Vrai produit du terroir

André Librex est un des rares spécimens qui travaillent et produisent non pas avec comme première priorité la rentabilité mais bien pour le plaisir, l’authenticité et la passion. Dans un monde où ce faire est excessivement difficile, il faut saluer ce dessein. Comme lorsqu’il porte son chapeau d’artiste, M. Librex soutient qu’il est mu pour produire sa lavande et ses pêches, par les trois P, soit: patience, passion et persévérance. Il est réjouissant de constater la signification du travail de ce héros obscur que André Librex.

Sans le crier sur les toits, il a doté le Québec de sa propre lavande et de ses propres pêches, tout en peignant ses inspirations pour le plus grand bien culturel de sa municipalité. Quel source d’espoir que de constater que son épouse et lui-même, ont réussi le pari. Pari réussi, cependant il reste beaucoup de travail. Ce genre de travail, fait en harmonie avec le terroir, trait d’union entre l’humain et la nature, en est un qui n’est jamais terminé, puisque la matière première concernée est la vie et porte toujours des fruits, on l’espère, recelant une certaine splendeur.

Pour commander les produits du Lavandou sur internet vous pouvez le faire sur leur site web. Vous pouvez également faire des commandes par téléphone au 450 826-3895 ou, encore mieux, en faisant le détour pour visiter le Lavandou au 3455, rang des Lemieux, à Franklin, sur la rive sud de Montréal, en Montérégie.

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1 comment for “LE MÉTIER DE LA SAISON: La véritable souche de lavande québécoise: Producteur et distillateur de lavandula québecensis (AVEC VIDÉO)

  1. Peeter
    12 décembre 2019 at 9:51

    Wow ce gars là travaille comme un champion. C’est comme ça qu’on fait des nouvelles variétés de fruits bios aussi!

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